Après plusieurs étapes à travers les paysages variés de l’Andalousie, notre road trip nous mène à Grenade, l’une des villes les plus fascinantes du sud de l’Espagne. Nichée au pied des montagnes de la Sierra Nevada, elle séduit immédiatement par son atmosphère unique, où se mêlent héritage mauresque, ruelles pleines de charme et vues imprenables sur l’Alhambra. Que l’on vienne pour découvrir son incroyable patrimoine, flâner dans les quartiers historiques ou simplement pour profiter de son ambiance, Grenade est une étape incontournable de tout road trip en Andalousie 🙂
Attention, un petit rappel important quand on arrive : l’accès au centre-ville de Grenade en voiture est limité. Si vous suivez aveuglément votre GPS vous risquez une belle amende, c’est automatique! Pour éviter ce genre d’ennuis, je vous conseille grandement de consulter la carte des zones réglementées sur ce site ou de vérifier si votre hôtel propose un parking et de faire enregistrer votre plaque d’immatriculation avant votre arrivée. En dernier recours, il reste la solution du parking APK2 Puerta Real (un peu cher et étroit). Mais il a le grand avantage d’être le plus central, et juste à la limite des zones interdites.
Voilà maintenant que ce petit avertissement est posé, partons à la découverte de Grenade, et commençons par un rapide petit rappel historique sur l’histoire de la ville 😉
Un peu d’histoire
On donne à Grenade des origines mythologiques liées à Noé ou même Hercules! Ce qui est certain, c’est qu’au VIIe siècle avant JC, les Ibères avaient ici une petite cité connue sous le nom de Iliberis. Elle se trouvait sur l’actuelle colline de l’Albaicin. Au IIIe siècle avant JC, elle passe sous contrôle des Romains et prend le nom de Florentia. Après la chute de l’empire romain, c’est le règne des Wisigoths, qui la nomment Elvira. Puis vient la conquête musulmane de la péninsule ibérique en 711. La petite ville est offerte en butin durant ces guerres. La dynastie des Zirides lui donnent le nom de Garnat Al-Yahud, puis elle rejoint l’empire des Almohades au XIe siècle. Après la défaite des Almohades face aux armées chrétiennes, la ville redevient indépendante. C’est le moment choisi par Mohammed ben Nazar pour en faire la conquête en 1238 et y fonder la dynastie des Nasrides, tout en se nommant vassal de Ferdinand III de Castille pour éviter les ennuis. Le royaume de Grenade est alors le dernier bastion musulman en Espagne et vit en paix avec ses voisins. Puis en 1492, les Rois Catholiques mettent fin à cet accord et finissent par capturer la ville, qui devient Granada, Grenade. Après l’expulsion des juifs et des arabes, et plus tard des morisques, l’ancienne fière cité tombe peu à peu dans le déclin. C’est principalement au XXe siècle, qu’un véritable effort est réalisé pour rétablir sa beauté d’antan, et maintenant, Grenade est redevenue une belle cité qui attire les voyageurs du monde entier 🙂
Je vous propose une balade dans le centre historique de Grenade à travers ces différents quartiers (Centro Sagrario, l’Albaicin, et le Sacromonte) sans oublier évidemment la visite de l’Alhambra, le célèbre monument qui domine la ville.
Le quartier Centro Sagrario
Après avoir laissé la voiture au parking et déposé les valises à l’hôtel, on quitte l’esplanade moderne de Puerta Real pour découvrir le quartier historique de Centro Sagrario. Il s’est principalement développé après la reconquête de la ville par les espagnols. Nos pas nous mènent tout d’abord à la première église venue, l’église de San Anton qui date du XVIIe siècle. La façade extérieure n’a l’air de rien, on remarque d’ailleurs à peine qu’elle existe. Mais pourtant dès qu’on pénètre à l’intérieur on découvre une décoration très riche. C’est une petite église magnifique et on vient à peine d’arriver à Grenade, ça commence bien 🙂


Au centre du quartier, on arrive sur Plaza Bib-Rambla, la grande place centrale du centre historique. Il y a des siècles, on y faisait des corridas et on y trouvait aussi les bûchers de l’Inquisition. Heureusement maintenant, c’est une jolie place agréable, bordée d’arbres, de belles maisons et de terrasses de restaurants. Au centre, on trouve la grande fontaine Fuente de los Gigantones.

Une adresse incontournable ici, c’est le Grand Café Bib-Rambla fondé en 1907. On y trouve parait-il le meilleur churros con chocolate de la ville. Personnellement, les churros trempés dans une tasse de chocolat chaud, ça m’écœure très rapidement, mais si vous aimez, venez tester ici 😉
La Cathédrale de Grenade
La cathédrale de Grenade se découvre presque par surprise 🙂 On déambule dans les ruelles animées du centre historique, et en arrivant sur la petite Plaza de las Pasiegas, on découvre d’un seul coup ce grand monument qui était presque totalement caché à la vue jusque là.

L’histoire de la cathédrale de Grenade remonte en 1492. Juste après la reconquête de la ville, les Rois Catholiques (Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon) décident la construction d’une cathédrale sur l’emplacement de l’ancienne grande mosquée. Les travaux débutent en 1518 et devaient initialement suivre un plan de cathédrale gothique mais c’est finalement le style Renaissance qui est adopté. Après deux siècles de travaux et plusieurs architectes, elle est finalement achevée en 1704. Elle est considérée comme la première grande cathédrale Renaissance construite en Espagne et demeure l’un des monuments religieux les plus importants du pays


La façade monumentale et massive avec ses arcs symboles de triomphe aurait du être ornée de deux tours de 80m de haut. Mais le projet a été abandonné car les fondations étaient trop fragiles. Finalement, il n’y aura qu’une seule tour de 50m de haut, qu’on distingue à peine, coincée à l’étroit dans une ruelle. L’intérieur de la cathédrale est vaste et très lumineux! Des grandes colonnes blanches s’élèvent vers les voutes et supportent cette structure de 115m de long et 67m de large.
Le joyau de la cathédrale, c’est la Capilla Mayor ou chapelle principale. C’est une immense rotonde avec une coupole qui s’élève haut au-dessus de nos têtes à plus de 45m de haut.

Tout n’est que blancheur étincelante, dorures, vitraux colorés et sculptures!


Les chapelles latérales abritent des sculptures et retables richement décorés, parmi les plus belles réalisations de l’art sacré andalou du XVIe et XVIIe siècle.



La cathédrale a aussi la particularité d’avoir deux grands orgues baroques magnifiques qui se font face.

Que vous soyez passionné d’histoire, amateur d’architecture ou simple voyageur curieux, la visite de la cathédrale de Grenade offre une plongée fascinante dans plusieurs siècles d’art, de foi et de pouvoir 🙂
Le prix d’entrée pour la cathédrale est de 7€. Retrouvez plus d’informations sur le site officiel.
L’église Sagrario (ou l’église du Tarbenacle) est une autre grande chapelle collée à la cathédrale. Elle a pour fonction la conservation des hosties consacrées. Sa construction, plus récente que celle de la cathédrale, a lieu de 1705 à 1749.


Une nouvelle fois, l’intérieur est magnifique, en plus son entrée est gratuite 🙂
Plus d’infos sur ce site.
Enfin, il y a un dernier édifice adossé à la cathédrale et possédant une entrée distincte. C’est la Chapelle Royale, le lieu où reposent Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon, les célèbres Rois Catholiques. Ils ont choisi d’être enterrés à Grenade, leur plus grande victoire politique et militaire. L’entrée est payante (7€) et les photos sont interdites. Plus d’infos sur ce site.
Un autre lieu emblématique du centre historique, c’est l’Alcaiceria. C’est une étroite rue marchande historique à l’emplacement de l’ancien bazar arabe.


C’est un spot idéal pour des jolies photos colorées, avec en prime, la cathédrale au fond 🙂 Les boutiques d’articles (plus ou moins) artisanaux sont partout! C’est un dépaysement plein de couleurs, au milieu des tissus, des épices et des lampes!

Pour info, ce n’est pas une réelle ruelle historique. En fait le grand bazar des origines à été détruit par un incendie en 1843. On a reconstruit quelques rues avec une décoration néo-mauresque pour rappeler le passé du quartier.
La visite de l’Alhambra
Impossible de visiter Grenade sans découvrir l’Alhambra, le monument le plus emblématique d’Andalousie! 😉 C’est un incroyable ensemble de palais, de jardins et de fortifications, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.


Entre les délicats décors mauresques, les cours fleuries et les panoramas sur la ville, la visite est un véritable voyage dans le temps.


➡️ Comme ce site exceptionnel mérite qu’on s’y attarde un petit peu, je lui consacre un article complet ici 😉
Le quartier de l’Albaicin
Le quartier de l’Albaicin, c’est LE véritable centre historique de Grenade. Avec son labyrinthe de petites ruelles pavées et de maisons blanchies à la chaux, c’est l’atmosphère authentique qui vous fera vraiment voyager dans le Grenade de carte postale dont on rêve un peu tous 🙂


Ce quartier existait bien avant la construction de l’Alhambra, c’était le véritable Grenade mauresque, et avant ça, l’antique cité romaine construite sur la colline. Un des accès principal pour arriver au cœur de ce beau quartier consiste à grimper le long de la ruelle commerçante de Calle Calderería Nueva et poursuivre sur Calle San Juan de los Reyes 🙂
De façon certaine, vos pas vous mèneront au Mirador de San Nicolas. Depuis cette esplanade, le panorama est tout simplement exceptionnel. C’est sans aucun doute un des plus beaux points de vues sur l’Alhambra 🙂

Le mirador porte ce nom à cause de l’église San Nicolas située juste derrière. Elle se trouve à l’emplacement d’une ancienne mosquée qui a été rasée dès la reprise de la ville par les catholiques. L’église originale a disparu lors d’un incendie et celle actuellement en place date du XIXe siècle (et n’est pas franchement incroyable à visiter).
On a aussi cette sublime vue de l’Alhambra avec la Sierra Nevada en toile de fond. Ce doit être encore plus beau quand il y a le contraste avec les sommets parfois encore enneigés!

Car oui, aussi incroyable que ça puisse paraitre, en Andalousie, à moins d’une heure de route de Grenade, on peut faire du ski ! 🙂 Neige ou pas, pour profiter de cette belle montagne, vous retrouverez plus d’infos sur ce site des activités en Sierra Nevada 😉
Vous trouverez d’autres miradors presque aussi beau avec un peu moins de monde. Car il faut bien le reconnaître, le mirador San Nicolas, c’est un peu l’usine à touristes. Mais quand c’est beau comme ça, que voulez-vous 😉
Cachés à la vue du public, le quartier d’Albaicin abrite aussi les plus beaux carmenes de la ville. Un « carmen », c’est une ancienne ferme, généralement une belle maison, entourée par des hauts murs, et qui abrite un beau jardin luxuriant et un verger. C’est un véritable havre de paix au milieu de la ville, à l’abri des regards 🙂

La plupart sont privés et ne se visitent pas. Cependant quelques uns sont ouverts au public sous certaines conditions, en particulier les plus beaux : Carmen de la Victoria et Carmen del Rey, si vous avez la chance de pouvoir y aller!
Dans le bas du quartier côté Alhambra, il y a plusieurs monuments à découvrir, comme les anciens bains arabes Banos de Nogal ou le Musée Archéologique.

On y trouve aussi la magnifique façade du Palais de la Chancellerie construit sous le règne de Charles Quint en 1587 (un bâtiment qui ne se visite pas, car il abrite maintenant un tribunal. Mais son architecture réputée mérite le déplacement 🙂 )
Le quartier Sacromonte
Sacromonte, c’est un quartier de Grenade avec une histoire à part. Au début, ce n’était qu’une simple colline face à l’Alhambra. Puis, à partir du XVe siècle, Grenade fait face une arrivée massive de populations roms qui s’installent aux portes de la ville, sur ces hauteurs inhabitées. C’est aussi à cette même époque que les dernières riches familles arabes quittent Grenade. Selon des légendes, avant de partir en exil forcé, ils cachaient leurs richesses dans la colline. Leurs anciens esclaves noirs, au courant de ces manigances, auraient alors creusés en vain à la recherche de ces richesses. C’est ainsi qu’est né le « Barranco de los Negros », le ravin historique des premières habitations, où des anciens esclaves et de nombreuses familles roms creusèrent des trous, entre autre pour se loger. Sacromonte, c’est donc traditionnellement le quartier gitan de Grenade, recouvert de petites maisons troglodytes aux façades blanchies à la chaux. On y accède par des ruelles minuscules et sinueuses, ou par l’unique route. C’était aussi le lieu de vie des autres populations marginalisées ou exclues de la ville. un repaire d’artistes, le berceau du flamenco et lieu de naissances des zambras (danses de flamenco)!

Mais Sacromonte, c’était aussi un quartier très pauvre. Jusqu’à récemment, il n’y avait ni eau courante ni électricité. En 1963, après de terribles inondations meurtrières, une grande partie des habitants seront expulsés par les autorités. Les maisons, construites en dehors de tout cadre légal, seront la proie d’investisseurs voulant promouvoir le tourisme ou s’enrichir facilement. Désormais, il ne reste presque plus d’habitants « traditionnels ». Toutefois, des lieux continuent de faire vivre l’ancien esprit du quartier, à travers la musique notamment.
On peut y visiter le Museo Cuevas del Sacromonte. Ce site a préservé onze grottes pour rappeler aux visiteurs les conditions de vie qu’il y avait ici. Le tarif est à 6€, plus d’infos sur ce site. Vous pouvez aussi pousser la balade jusqu’à l’abbaye de Sacromonte. Pas de chance pour nous ce jour là, des montagnes de nuages gris apparurent, avec des bruits de tonnerre au loin. On a vite fait demi-tour (et on s’est pris un véritable déluge sur la tête un peu plus loin en ville haha)
J’espère que cette visite de Grenade vous donnera à vous aussi l’envie de découvrir cette ville magnifique. On aurait vraiment adoré y passer plus de temps! Hélas, il faut reprendre la route, mais encore plein de belles choses à voir 😉
➡️ La visite de l’Alhambra de Grenade
➡️ La suite du road-trip en Andalousie : Du désert de Tabernas à la plage de San José
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