Après une très chouette étape à Athènes, c’est reparti pour ce road trip en Grèce.
La première étape de cette journée se situe à environ 2h de route d’Athènes.
Le Monastère Osios Loukas
Ici se trouve un des plus beaux monastères byzantins de Grèce, classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1990, c’est le monastère Osios Loukas (ou Saint Luc).

Son histoire commence avec Luc, un moine de la région qui vivait en ermite et avait un don de prophétie. Il s’installe sur les lieux de son futur monastère, à l’emplacement d’un ancien temple de Déméter. Sa renommée attire d’autres moines ainsi que de nombreuses aides financières. Ensemble, ils construisent une église dédiée à Sainte Barbe et un monastère où il meurt en 953. Après sa mort, en 1011, les moines construisent une nouvelle grande église dédiée à Saint Luc. Les deux églises sont collées l’une à l’autre et partagent même un mur en commun. De nombreuses pierres issues de monuments antiques ont été réutilisées pour ces constructions.

Le Catholicon (ou église St Luc) est la plus grande des deux églises, avec un plan en croix grecque, surmonté d’une coupole de 9m de diamètre. L’architecture de cette coupole qui s’appuie sur 8 piliers a servi de référence à de nombreux autres édifices religieux à l’époque.

L’intérieur de l’église est riche de mosaïques, de fresques et de marbres précieux. La richesse de cette décoration est due à la générosité des empereurs byzantins qui ont fait de nombreux dons et envoyé des artisans de Constantinople.


Au sol on retrouve un pavement précieux en marbres colorés. La crypte a ses murs richement décorés avec des peintures absolument partout. Les pèlerins venait s’y allonger en espérant un miracle.


On peut aussi visiter l’église Théotokos, la plus ancienne.


Le monastère a été pillé à de nombreuses reprises, mais il est toujours habité par des moines. On peut en visiter une partie avec un petit musée dans l’ancien réfectoire, expliquant la vie monacale, ainsi que la visite de l’ancien pressoir à huile d’olive.
Prendre un petit café en terrasse, au calme le matin, avec cette vue, c’est vraiment agréable 🙂 Vous pouvez aussi acheter des produits monastiques et locaux dans la petite boutique du monastère.


Hélas, le paysage portait encore les stigmates du terrible incendie de 2023 qui a faillit le détruire. Heureusement, Saint Luc a protégé son monastère!
L’entrée au monastère est gratuite, et le musée se visite pour quelques euros. Attention aux vêtements, il faut en théorie avec les épaules et les jambes couvertes. Il est aussi conseillé d’arriver tôt le matin, avant les cars de touristes en provenance d’Athènes. Plus d’infos sur ce site.
La route longe ensuite les pentes du mont Parnasse (2460m). On peut venir y faire du ski l’hiver. Au sommet de la montagne, c’est la plus grande stations de ski de Grèce 😉

Une quarantaine de kilomètres plus loin, on arrive sur un des sites les plus sacrés de la Grèce antique. Nous voici à Delphes!
L’Oracle de Delphes
Voilà encore un lieu incroyable chargé d’histoires, de légendes et de mythes 🙂
Il y a bien longtemps, à la naissance de Zeus, sa mère Rhéa doit ruser pour éviter qu’il soit mangé par son père Cronos. Elle enveloppe une pierre dans du linge, et c’est cette pierre qui est mangée à la place de Zeus. Plus tard, Zeus fera recracher cette pierre (ainsi que ses frères et sœurs). Après avoir vaincu les titans, les nouveaux maîtres du monde sont dirigés par Zeus. Il doit trouve le centre du monde. Des aigles qu’il a lancé à chaque extrémité du monde se croisent près d’une montagne. C’est ici qu’il scelle la pierre de l’Omphalos et décrète que c’est le « nombril du monde ». Bien plus tard, un humain nommé Parnassos arrive sur ce site sacré. Il invente la divination par l’observation des oiseaux, dédie un culte à Gaïa et créé la première ville du monde. Bien plus tard, lors du déluge de Deucalion, les survivants échouent au sommet de la montagne. Quand les eaux se retirent, un monstre nait de la boue, c’est Python. Il s’enfonce alors dans une faille rocheuse au pied de la montagne, à l’endroit des anciens rituels primitifs. Il garde l’oracle pour le compte de sa mère Gaia, désormais la divination viendra des profondeurs du sol. Bien plus tard, le dieu Apollon arrive dans la région. Avec son arc et ses flèches d’or, il tue Python. Il enterre les cendres du monstre sous l’Omphalos, utilise sa peau pour confectionner le trépied sur lequel va s’asseoir l’Oracle, et laisse le corps pourrir dans les profondeurs de la terre. Désormais, la divination sera réalisée par une Pythie (prolongement du nom de Python), qui interprètera la volonté du dieu de lumière Apollon Et tout ça, c’est ici, à Delphes! Bim! 🙂
Concrètement, on pense que les mycéniens avaient ici un village prospère et un sanctuaire lié à un culte de la fertilité de la terre entre -1400 et -1100. Puis, un nouveau culte solaire est venu s’approprier ce lieu de divination. On retrouve l’apparition des premiers ex-voto dédiés à Apollon vers -900. Le grand sanctuaire de Delphes s’est ainsi peu à peu construit. À son apogée, il ressemblait à ça :

Pour avoir le privilège d’avoir une divination de l’oracle, il fallait déjà faire le voyage jusqu’à Delphes (seuls les hommes pouvaient interroger la Pythie).
La première étape nécessitait de passer par le Sanctuaire d’Athéna Pronaia situé en contrebas. C’est ici que ce trouve le célèbre Tholos, la rotonde circulaire de Delphes, en marbre précieux (mais dont on ne sait pas exactement à quoi elle servait). Cocorico, dans ce sanctuaire, il y a un petit bâtiment correspondant au trésor des marseillais! Il s’agit d’une offrande réalisée par les habitants de Massalia. Preuve de l’importance de la cité phocéenne dans l’antiquité 😉

Après avoir réalisé les premières offrandes et sacrifices à Athéna, on allait se rafraichir et se purifier à la fontaine de Castalie (qui coule toujours, juste au bord de la route dans le virage 😉 )
Ensuite, il fallait payer une sorte de péage pour avoir le droit d’accéder au sanctuaire d’Apollon et faire examiner sa demande. La somme était en fonction du demandeur (exorbitante pour une cité état, très chère pour un particulier). Il fallait ensuite attendre son tour, ou alors essayer d’acheter un privilège pour passer devant les autres. Il fallait aussi acheter un animal à sacrifier (une chèvre ou un bélier). Si le test du sacrifice n’était pas réussi, la séance était annulée (et on n’était pas remboursé). Si le test était positif, après purification, on pouvait consulter la Pythie qui jouait le rôle d’Oracle.

La Pythie était une jeune femme pure, innocente. Il fallait surtout qu’elle soit simple, sans connaissances, une âme vierge qui pourrait entendre les paroles du dieu. Au début, on ne pouvait consulter l’oracle que le 7 du mois Bysios (vers février-mars), le jour correspondant à la naissance d’Apollon. Puis face à l’affluence des demandes, les consultations avaient lieu le 7 de chaque mois (sauf en hiver, car à ce moment là, Apollon n’était plus à Delphes mais parti en Hyperborée). Pour pouvoir faire sa divination, après purification, la Pythie descendait dans l’Adytum, la pièce souterraine et sacrée du temple d’Apollon. Ici se trouvait l’Omphalos et une statue d’or et d’ivoire à l’image d’Apollon, à côté d’une faille d’où s’échappaient des vapeurs. Sur la faille, il y avait le trépied avec la peau de Python. La Pythie s’asseyait dessus, mâchait des feuilles de laurier et buvait l’eau de la source Cassotis. Elle rentrait ensuite en transe. Les prêtres qui assistaient à la cérémonie notaient chaque mots et bribes de phrases. Ils se réunissaient ensuite pour reformuler le tout et donnaient la réponse (souvent ambiguë) à la personne venu consulter.

On pense que la transe de la Pythie était due à plusieurs causes : intoxication au laurier-rose, vapeur d’éthylène à travers les roches poreuses du site et provoquant des hallucinations. Il y avait même des cas d’overdose et des morts de Pythie. Si on en sait autant sur le fonctionnement des cérémonies, c’est principalement grâce aux écrits de Plutarque. Ce célèbre personnage a officié pendant 20 ans comme grand prêtre de Delphes à la fin de sa vie, au Ier siècle.
De nos jours, les ruines du Temple d’Apollon qu’on peut voir datent du IVe siècle av JC. Il mesurait 60m de long pour 24m de large. C’est la 6e version du temple où il était écrit le fameux message « Connais-toi toi-même! ».
Avant d’atteindre le temple, les visiteurs devaient monter le long de la Voie Sacrée, bordée d’une vingtaine de monuments. Généralement, ils s’agissaient de trésors présentant les richesses offertes par les cités demandant l’aide d’Apollon, comme le Trésor des Athéniens.

Un peu plus haut, on trouve cet incroyable mur polygonal. C’est un mur construit au VIe siècle av JC afin de créer une terrasse stable pour la construction du Temple d’Apollon. Les pierres assemblées ainsi résistent mieux aux séismes.

Pendant des siècles ce mur a aussi servi de panneau d’affichage public. Les pierres sont gravées de nombreux actes officiels, décrets et affranchissement d’esclaves.
Plus haut on découvre cette étonnante colonne, c’est la Colonne Serpentine. C’est une grande colonne en bronze, qui représentait 3 serpents enroulés, avec au sommet un trépied en or posé sur leurs têtes. C’était un cadeau de la Grèce à Apollon après la victoire sur les Perses en -479. Au IVe siècle, cette colonne est récupérée par l’empereur Constantin pour décorer son hippodrome à Constantinople. Elle y restera jusqu’à être brisée et disparaitre en 1700. On l’a retrouvée lors des fouilles autour de Sainte-Sophie en 1848. Elle est toujours visible à Istanbul et une des têtes de serpents est au musée archéologique d’Istanbul. Sur le site de Delphes, on a réinstallé une colonne à son emplacement à partir d’un moulage.


À proximité, une réplique de l’Omphalos était exposée à la vue des visiteurs à l’extérieur du temple.
Le Théâtre de Delphes est construit en -160, il pouvait accueillir 4500 spectateurs. C’est le plus grand monument du sanctuaire.

Tout en haut du site, on trouve un autre grand monument, le Stade de Delphes. Sa construction remonte au IIIe siècle av JC. Il fait 178m de long. On y organisait les Jeux Pythiques tous les 4 ans. Après ceux d’Olympie, c’était les plus importants du monde Grec.

Une douzaine de cités se partageaient la charge d’entretenir le Sanctuaire de Delphes. C’était vraiment un endroit sacré et central qui allait au delà des divisions, un véritable site unificateur pour le monde Grec.
Pour compléter la visite, le site propose un très chouette petit musée qui renferment quelques pépites! 🙂 Ces trésors trouvés lors des fouilles réalisées entre 1892 et 1903 ont tout d’abord nécessité de déplacer un village entier. En effet, le petit village de Kastri s’était construit directement sur le site du sanctuaire de Delphes !
Les fouilles ont mis à jour la réplique de l’Omphalos qui était exposée le long de la Voie Sacrée. On trouve aussi l’énorme Sphinx des Naxiens, un des plus anciens monuments retrouvés, datant de -575.



Une statue en bronze retient l’attention, c’est l’Aurige de Delphes daté de -470. C’est encore un miracle. Si cette statue est visible de nos jours, c’est uniquement car elle a été enfouie par un glissement de terrain. Sinon elle aurait été fondu pour son métal il y a bien longtemps. C’est un pur chef d’œuvre qui faisait parti d’un ensemble où le conducteur était débout sur un char avec 4 chevaux. Quand on voit déjà le détail apporté sur cette statue, on a du mal à imaginer le résultat formidable de l’œuvre dans son entièreté.


Finalement, tout ce formidable ensemble qui composait le sanctuaire de Delphes disparaitra après l’interdiction des cultes païens promulguée en 392. Avec la fin du culte d’Apollon et de l’Oracle de Delphes, un des sites les plus incroyables de l’antiquité tombe dans l’oubli et ne sera redécouvert qu’au XIXe siècle.
Plus d’infos sur ce site.
Pour visiter ce site incroyable, ça coute 20€ et il n’y a pas trop la queue pour acheter son ticket sur place. Si vous souhaitez assurer le coup et acheter en avance, ça se passe sur la billetterie officielle ici.

C’est fini pour Delphes, il est temps de quitter cette vallée merveilleuse. Hop en route vers le nord du pays en direction de la ville de Lamia. La prochaine étape se trouve à 1h30 de route.
Léonidas et les Thermopyles
Nous voici dans un nouveau lieu qui sonne à mes oreilles : les Thermopyles. C’est à cet endroit que s’est joué un incroyable évènement historique et un terrible sacrifice. Ce lieu est indiqué par une statue commémorative au bord de la route. On y voit le roi Léonidas, roi de Sparte, brandir sa lance.
Pour comprendre ce qu’il s’est passé ici (si vous n’avez suivi un peu l’histoire ou vu le film ‘300’), il faut remonter en -480. Nous sommes en pleine guerres médiques. Les armées du roi Xerxès en provenance de Perse déferlent sur la Grèce. Il veut se venger de la défaite de son père Darius lors de la bataille de Marathon. Il a méticuleusement préparé son invasion pendant 4 longues années. Il lève une armée de plusieurs centaines de milliers de soldats et envahit la Grèce par la terre et par la mer. C’est un véritable raz de marée qui semble impossible à arrêter et qui se dirige droit vers Athènes. Les cités grecques tardent à s’organiser et la puissante armée Spartiate, alors en pleine trêve olympique, ne peut pas se mettre en mouvement. Le roi Léonidas obtient l’autorisation pour une expédition militaire limitée. Il part avec seulement 300 hommes de sa garde royale. Son but est de bloquer un passage stratégique que devra utiliser l’armée Perse, le défilé des Thermopyles. En chemin, il arrive à rallier 7.000 soldats grecs à ses troupes. Il arrive au défilé, fortifie sa position et attend l’arrivée de Perses. À l’époque le niveau de l’eau était beaucoup plus proche des berges, et toute la zone était un marais impraticable, à part un étroit passage.

L’armée de Xerxès arrive finalement devant les Thermopyles. Il propose aux grecs de se rendre en échange de terres fertiles. Léonidas lui dit gentiment d’aller se faire foutre 🙂 Xerxès attend encore quelques jours en espérant qu’ils fuient le passage. Peine perdue. Il ne peut pas attendre plus longtemps, son énorme armée est très compliquée à approvisionner et doit être en mouvement. Il attaque. Il lance tout d’abord un barrage de flèches tellement massif qu’il cache le soleil. Sans effet sur les boucliers spartiates. Il envoie alors des vagues de 10.000 hommes combattre les spartiates. Ils s’écrasent tous contre un véritable mur. La phalange grecque, avec des boucliers massifs et de longues lances est infranchissable. Les perses ont des armes courtes et leur principale avantage réside dans le nombre (inutile ici) et dans leur puissante cavalerie (inutilisable ici). Les grecs résistent toute la journée. Le lendemain, c’est exactement la même chose. Les 300 spartiates de Léonidas sont impossible à passer. C’est alors que Xerxès apprend une information capitale. Un grec, un certain Ephialtès informe Xerxès de l’existence d’un passage dans la montagne qui permet de contourner le défiler et permettrait de prendre les grecs à revers. Il espère une récompense qu’il ne recevra jamais… Son nom est maintenant synonyme de traitrise en grec. Ce sentier était connu de Léonidas, et il avait positionné 1000 soldats de Phocide pour protéger ce passage. Mais ils ne font pas le poids. Car à l’aube du troisième jour, Xerxès envoie 20.000 soldats dans ce sentier abrupt. Bien moins expérimentés que les spartiates, les phocidiens sont mis en déroute, et les perses foncent vers Léonidas. Ce dernier est informé de cette manœuvre. Il propose aux autres soldats grecs de prendre la fuite s’ils le souhaitent. Lui, il restera là avec ses 300 spartiates pour ralentir au maximum l’armée de Xerxès. Lors de cette dernière journée, attaqués des deux côté, les spartiates finissent par tomber les uns après les autres, ainsi que le roi Léonidas. Xerxès est furieux, il récupère le corps de Léonidas et le décapite. Même s’il a remporté une victoire, son immense armée a été bloquée pendant 3 journées face à seulement 300 spartiate. C’est une humiliation. La nouvelle du sacrifice de Léonidas et ses hommes servira aussi à motiver les troupes des soldats grecs.
La suite de cette guerre? Les perses arrivent jusqu’à Athènes, désertée par ses habitants parti se réfugier sur une île, et la réduisent en cendres. Puis c’est la bataille navale de Salamine qui est décisive. Xerxès a perdu, il doit fuir. Les Grecs sont victorieux. C’est la fin des invasions Perses en Grèce.
Et bien tout ça, ça s’est passé ici! 🙂 Quand on est posé tranquillement au bord de la route, on a du mal à s’imaginer ces évènements survenus il y a plus de 2000 ans. Tout à l’air si calme!
Ce chemin de la trahison existe toujours. On peut faire une rando de 16km qui suit le même tracé que les perses pour prendre à revers Léonidas. Il faut chercher l’itinéraire du sentier Anopaia Atrapos.
Comme je n’avais plus trop le temps pour cette randonnée, j’ai préféré une activité bien plus calme. Juste à côté du site des 300 de Léonidas, il y a une source chaude sulfureuse. C’est d’ailleurs elle qui a donné son nom au site des Thermopyles, les Portes Chaudes. La température de l’eau est à 40°C toute l’année.

On y accède gratuitement (attention les pierres sont très glissantes) 🙂 il est recommandé de ne pas y rester plus de 15 minutes. Ces eaux sont sensées guérir plein de choses! Même Héraclès en a profité pour se débarrasser du poison de l’Hydre de Lerne. C’est vous dire que c’est efficace haha
Après cette mini session thermale, je rejoins mon hôtel à 30km d’ici, dans le village de Loutra Ypatis.

Après avoir profité de la piscine de l’hôtel ENA je pars manger au seul restaurant du village, la taverne Mouries. Simple et sans chichi 🙂
Demain, c’est la dernière journée du road trip en Grèce, mais avec encore de belles choses à voir! 😉
>> Suite du road trip : de la plaine de Thessalie aux plages de Thessalonique
<< Etape précédente : Athènes 🙂
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