De Cadix à Séville, road-trip en Andalousie

Ah Cadix! 🙂 La plus vieille ville d’Espagne, et une des plus vieilles villes d’Europe de l’ouest, bâtie sur un rocher relié au continent par une étroite chaussée, au bord d’une baie donnant sur l’océan Atlantique. Ce n’est sans doute pas la plus belle ville d’Andalousie (car elle n’a pas toujours eu la vie facile) mais elle dégage une tranquillité agréable. Peut-être est-ce à cause de ses rues étroites et propres où il y a très peu de voitures, ou alors peut-être car on fini toujours par tomber sur l’océan au bout d’une rue. Mystère! Allons découvrir ça, hop en route! 🙂

Un brin d’histoire

De l’histoire, cette ville n’en manque pas! Car ses origines remontant à il y a plus de 3000 ans! La petite cité marchande de Gadir (signifiait « forteresse ») est fondée par les phéniciens vers l’an 1000 av JC. Elle passe ensuite sous le contrôle de Carthage puis de Rome avant d’être détruite par les wisigoths. En 711, les Maures envahissent l’Espagne et reconstruisent la cité, qui se nomme désormais « Qadis ». Elle est reprise par le Roi de Castille Alphonse X en 1262. Plus tard, après la découverte des Amériques, la ville devient très riche grâce aux bateaux chargés d’or et d’argent qui reviennent du nouveau monde. À la fin du XVIe siècle, elle est attaquée et pillée par les anglais. En 1755, le terrible tremblement de terre de Lisbonne a des effets dévastateurs sur la ville. Un tiers de Cadix est détruite ainsi qu’une grande partie des installations portuaires. Les navires qui reviennent des Amériques doivent donc aller vers d’autres ports (français, anglais ou hollandais). L’Espagne perd peu à peu sa puissance maritime. Le déclin de Cadix continue avec la guerre de Napoléon et la perte des colonies espagnoles aux Amériques. Maintenant, la ville vit principalement de son industrie portuaire, des chantiers navals et aussi un peu du tourisme 😉

Venir à Cadix

La « belle de Cadix » se trouve à moins d’1h30 de route de Séville. C’est le même temps de trajet depuis Olvera, qui était l’étape précédente de notre road-trip en Andalousie. Pour la visite de la ville, je n’ai pas cherché de parking particulier. Nous nous sommes simplement garés en plein centre ville, dans la grande rue Campo del Sur qui longe l’océan (en espérant revenir à l’heure car j’ai croisé plusieurs groupes d’agents de police municipale qui alignaient joyeusement les contraventions sur toutes les voitures, oups!).

Sur place, pas besoin de se déplacer en voiture, le centre historique de Cadix se visite très facilement à pied (et il n’y a pas de pentes dans les rues). Une particularité de Cadix, c’est que beaucoup de vieilles constructions utilisent la pierre d’ostionera. C’est une roche sédimentaire qu’on retrouve partout sur l’ilot et dans la région. Cette roche poreuse est composé d’anciens coquillages compactés. Elle a le surnom de « pierre d’huitres » car on devine parfois les minuscules coquillages qui la composent.

La Cathédrale de Cadix

Commençons la visite de la ville par le bâtiment qui est sans doute le plus emblématique, c’est la grande cathédrale de Cadix. Elle est aussi appelée « Sainte Croix sur les Eaux » car elle est vraiment installée juste au bord de la mer. La ville possédait déjà une vieille cathédrale (qui est d’ailleurs toujours debout) mais elle était devenue trop petite et manquait clairement de prestige pour une cité de cette importance. En 1717, la ville venait de récupérer à Séville le privilège de collecter l’impôt sur les marchandises revenant des Amériques. Alors pour marquer le coup (et comme il y avait beaucoup de sous grâce à cet taxe), hop on décide la construction d’une nouvelle cathédrale! Les travaux commencent en1722 mais ne seront finis qu’en 1838 (entretemps la richesse de la ville avait diminuée avec la perte des colonies). La visite de la cathédrale est payante (10€, un audioguide est inclus).

L’intérieur de cathédrale est majestueux et très lumineux. On remarque très vite la présence de filets au plafond. Je pensais au début qu’il s’agissait de filets anti-pigeons, mais a priori ce serait à cause de la fragilité de la pierre. Exposée à l’air marin et aux embruns, elle devient friable et des petits morceaux peuvent tomber du plafond. Des travaux de rénovations sont toujours en cours.

La cathédrale possède de nombreuses chapelles latérales magnifiquement décorées. Dans l’une d’elles, on peut découvrir cet énoooorme et riche ostensoir utilisé lors des processions. Il est intégralement réalisé en argent et date du XVIIe siècle. Ce jour là, il était méticuleusement nettoyé. C’est vraiment le genre de job où il ne faut pas glisser et tomber!

Dans la nef central, on trouve le chœur. Cet espace réservé aux membres du chapitre chargés de l’office est superbement décoré de stalles en bois recouvertes de sculptures. Deux grands orgues sont répartis de chaque côté (l’un d’entre eux provient d’ailleurs de l’ancienne cathédrale de Cadix).

Sous l’autel, on peut accéder à une crypte. C’est un étonnant et vaste espace circulaire à la décoration sobre. Ici reposent les dépouilles des évêques et des citoyens illustres de la ville. La crypte se trouve sous le niveau de la mer. Si on fait attention, on a parfois l’impression d’entendre le bruit des vagues contre les murs. La crypte possède aussi une particularité acoustique. Placez vous au centre et tapez légèrement du pied sur le sol, vous serez surpris par l’écho 😉

Enfin, on peut grimper sur le toit de la cathédrale! Plus précisément, on grimpe au sommet de la Tour de l’Horloge. De l’extérieur, sur la façade, on la distingue grâce à un discret cadran d’horloge, rajouté au XIXe siècle. Depuis les hauteurs, on peut admirer le grand dôme doré qui fait la renommée de la cathédrale de Cadix.

Je vous conseille de surveiller l’heure quand vous êtes au sommet de la tour. On est littéralement sous une énorme cloche. Et elle est toujours utilisée! Si vous ne voulez pas perdre un tympan ou avoir une crise cardiaque, essayez de ne pas être là au moment d’un changement d’heure haha 😉

➡️ Plus d’infos sur le site de la cathédrale.

Du haut de la cathédrale on peut avoir un panorama complet de la ville. Et par exemple sur cette photo, en bas, il y a plusieurs monuments que nous n’avons pas visité. Le premier, c’est celui en bas à droite. C’est la vieille cathédrale de Cadix qui date du XIIIe siècle.

Juste après la prise de la ville en 1262, le roi ordonne la construction d’une cathédrale à l’emplacement de la mosquée. Pendant presque cinq siècles, ce sera la cathédrale de Cadix, jusqu’à la construction de la nouvelle. À partir de 1838, elle redevient la simple église de Santa Cruz. Le grand bâtiment blanc juste à côté, c’est la Casa de la Contaduria. C’est maintenant un petit musée qui abrite les trésors et les objets d’art sacré de la cathédrale. Son entrée est comprise dans le ticket de la grande cathédrale. Mais avant d’être un musée, c’est justement dans ce bâtiment qu’on prélevait le fameux Quinto Real, qui a fait la richesse de Séville puis de Cadix. C’était une taxe royale de 20% prélevée sur toutes les marchandises qui revenaient des Amériques. Avant, elle était prélevée à Séville, mais à cause de l’ensablement progressif du port fluvial, ce privilège (et les riches que ça entrainait) a été transféré à Cadix en 1717. Cette « maison de la comptabilité » servait aussi à contrôler les équipages de ces navires. Il fallait par exemple vérifier qu’il n’y avait ni musulmans ni juifs à bord des navires. La couronne espagnole voulait s’assurer que seuls des chrétiens pouvaient poser les pieds en Amérique!

Juste derrière ces deux bâtiments, on a retrouvé par hasard en 1980 les ruines d’un grand théâtre romain. Avec 120m de diamètre, il pouvait accueillir jusqu’à 10.000 spectateurs. C’est le deuxième plus grand théâtre romain retrouvé en Espagne. L’entrée est libre (enfin s’il y a quelqu’un qui veut bien vous ouvrir la grille, car ce jour là, il n’y avait personne et c’était fermé). Pas trop de regrets non plus, car on peut l’apercevoir à travers les grilles depuis la rue et on constate qu’il est tout de même en assez mauvais état.

L’église Santiago Aposto

Sur la place de la grande cathédrale, on voit un beau clocher. C’est celui de l’Eglise Santiago. Elle est construite en 1635 à l’emplacement d’un ancien collège jésuite détruit par le pillage des anglais. Vue de l’extérieur, à part le clocher, elle ne semble pas bien extraordinaire. Mais si on pénètre à l’intérieur …

Tadam ! C’est lumineux et grandiose! Le grand retable en bois doré est absolument magnifique 🙂

La visite de cette petite visite ne vous prendra pas longtemps (sauf si vous êtes captivés par la sérénité des lieux et que vous vous laissez aller à une prière). Ce serait vraiment dommage de passer à côté. Et en plus c’est gratuit! 😉

Les rues de Cadix

Ensuite, et bien on part se perdre dans les rues de Cadix pour sentir un peu l’ambiance de la ville! En chemin, on s’arrête à la Plaza de Topete, une petite place triangulaire pleine de charme avec ses vendeurs de fleurs 🙂 Juste à côté, il faut y a une halte obligatoire au Mercado Central de Abastos. C’est un des plus vieux marchés couverts d’Espagne (1838). Un chouette endroit pour faire le tour des étals, et il y a plein de bars à tapas tout autour. Une ambiance locale et animée garantie 🙂

Pas loin, il y a la Torre Tavira. C’est le point le plus élevé du centre historique. Du haut de cette tour située dans la maison-palais des marquis de Recano, on surveillait le port au XVIIe siècle. On peut la visiter et même observer la ville à travers une chambre noire. Plus d’infos sur ce site.

On fait un petit tour sur une autre place entourée de belles bâtisses. C’est l’élégante Plaza de San Antonio où on retrouve la grande façade de l’église du même nom.

La partie récente de la ville qui se situe vers l’ouest peut paraitre un peu lassante. Il n’y a que des longues rues étroites et rectilignes qui finissent par se ressembler un peu toutes. Les surprises, ce sont les mignonnes petites places comme la petite place triangulaire (encore une) Plaza Mentidero.

On a du mal à imaginer cette place absolument noire de monde pendant le Carnaval de Cadix qui dure 10 jours! 🙂 Ici, on est loin d’un carnaval traditionnel. Le Carnaval de Cadix a clairement la réputation d’un carnaval ludique et satirique, un peu déjanté, comme si toute la ville participait à une grande récréation! Pour profiter de cet évènement coloré et populaire, il faut venir à Cadix en février 😉

Parque Genoves

Tout à l’ouest de la ville, on arrive au très beau Parque Genoves, situé face à l’océan. Son nom est trompeur car il pourrait se traduire par « parc génois », alors que les génois n’en sont pas du tout à l’origine. Il porte en fait le nom de son créateur, Eduardo Genoves, un ancien maire emblématique de Cadix. On tombe tout de suite sous le charme de la grande allée bordée de hauts cyprès taillés et de palmiers. C’est beau comme un tableau! 🙂

C’est un endroit calme et bien entretenu. Si vous recherchez de la nature et un lieu paisible à Cadix, c’est ici qu’il faut venir. Inauguré en 1892, le parc est comme un véritable jardin botanique. On y retrouve un grande diversité avec de nombreuses plantes exotiques qui se sont habituées au microclimat de Cadix.

En plus de toute cette végétation luxuriante et des ces volatiles plus ou moins colorés, vous pourrez même y découvrir une petite cascade! 😉

La Plage de la Caleta

En marchant un peu plus loin vers le sud, on arrive devant une chouette grande plage de centre ville. C’est la plage de la Caleta avec son sable doré et ses eaux calmes. Il y a très longtemps, cette plage était un chenal entre deux ilots, utilisé par les phéniciens comme un port naturel pour leurs navires. Avec le temps, les ilots ont disparus, une partie du chenal s’est comblé et cette plage est apparue. Le joli bâtiment en forme de pavillon blanc sur le sable au milieu de la plage c’est Balneario Nuestra señora de la Palma y del Real. En 1926, cet établissement de soin balnéaire proposait un spa au bord de la plage. Il a faillit être démoli. Suite à sa rénovation, il abrite le Centre andalou d’archéologie sous-marine.

Cette plage a beaucoup de charme! Elle a inspiré des poètes, des chanteurs, et même des cinéastes pour plusieurs décors de films dont un James Bond. Il paraitrait que cette plage a un petit air de La Havane à Cuba! La plage est bordée par deux forteresses. Au nord, c’est Castillo Santa Catalina. Il est construit au XVIIe siècle, suite au pillage de la cité par les anglais, pour protéger Cadix d’une nouvelle attaque en provenance de la mer. Au sud, c’est Castillo San Sebastian (XVIIIe siècle) avec son phare métallique de 42m de haut, sur un des anciens ilots. Il est relié au centre historique par une très étroite jetée (recouverte par les vagues dès que le vent se lève, faites attention). Les deux petites forteresses peuvent se visiter gratuitement. Il n’y a pas grand chose à voir, mais elles hébergent de temps en temps des installations artistiques. En bonus à Cadix, il y a une plage encore plus grande et plus belle! Elle est un peu plus éloignée du centre historique. C’est la Playa de Santa María del Mar, réputée pour son sable fin et ses vagues.

Et au fait, il faut dire / écrire Cadix ou Cadiz ? et bien a priori, on dit Cadix (cadikse) en français mais Cadiz (cadiss) en espagnol. Vous voilà bien avancé avec cette ville qui a les yeux de velours haha! Si jamais vous n’avez pas la référence, cherchez la Belle de Cadix, une célèbre chanson d’opérette de Luis Mariano 😉

Notre découverte de Cadix sur une petite journée s’achève ici.

➡️ La suite du road-trip en Andalousie : Séville, la capitale de l’Andalousie

⬅️ L’étape précédente : Les villages blancs de Setenil de las Bodegas et Olvera

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